Un script qui recense les prix de toute la Wallonie
Pour savoir où nous situer, il fallait d'abord savoir ce que coûte une frite ailleurs. Nous avons donc écrit un script en Python qui relève les prix publiés par les friteries de Wallonie et en calcule la moyenne, produit par produit : frites, fricadelle, poulycroc, croquette au fromage, mitraillette, burgers, sauces.
Ce relevé n'est pas une vérité absolue et nous le disons : une moyenne ne tient pas compte des différences de portions, de marques ou de qualité entre établissements. C'est un indicateur, pas un verdict. Mais il nous donne une base objective pour décider, au lieu de fixer nos prix au doigt mouillé.
Et ce que ce relevé montre surtout, c'est que les prix auxquels nous nous comparons portent presque exclusivement sur des produits industriels.
L'exemple du poulycroc
Ailleurs · industriel
2,97 €
Prix de vente moyen relevé dans les friteries de la province.
Chez nous · artisanal
3,00 €
Un poulycroc de boucher, dans un contenant compostable. Trois centimes d'écart.
Ce que ça nous coûte
−10 %
Notre marge est passée d'environ 73 % à 63 % le jour où nous sommes passés à l'artisanal.
À l'ouverture, nos poulycrocs étaient industriels. Quelques mois plus tard, nous sommes passés à l'artisanal : coût d'achat plus élevé, contenant biodégradable plus cher, marge en moins. Le prix sur la carte, lui, n'a pas bougé.
Nous absorbons le surcoût, pas vous
Le raisonnement du poulycroc vaut pour tout le reste : la fricadelle de boucher, les croquettes artisanales, la mayonnaise du traiteur, les contenants compostables qui coûtent plus cher que le plastique. À chaque fois, nous prenons moins de marge plutôt que d'augmenter le prix.
Pourquoi ? Parce que nous ne voulons pas que le local devienne un produit de luxe. Beaucoup de gens veulent consommer autrement mais ne peuvent pas (ou ne veulent pas) payer plus cher pour cela. Si notre modèle n'est accessible qu'à ceux qui en ont les moyens, il ne change rien.
Le burger du mois : on ne négocie pas
Chaque mois, un producteur est à l'honneur dans un burger. Et nous n'avons jamais négocié un prix avec aucun d'entre eux. Pas une seule fois. Ils nous annoncent leur tarif, nous le payons, parce que c'est eux qui savent ce que leur travail coûte, et qu'un artisan qu'on presse sur les prix finit par rogner sur autre chose.
C'est l'inverse de la logique habituelle, où le distributeur fait jouer la concurrence entre producteurs pour gratter quelques centimes. Nous acceptons le prix demandé, et nous ajustons notre marge en conséquence.
Malgré ça, le burger du mois reste à un prix démocratique : de l'artisanat, du produit sourcé chez un voisin, servi à un tarif de friterie. C'est le pari le plus tendu de notre carte, et c'est celui dont nous sommes le plus fiers.
Le même produit, au restaurant, coûte le double
Prenez notre burger : viande du boucher du village, pain du boulanger, frites fraîches épluchées le matin, sauce maison. Allez commander l'équivalent dans une brasserie ou un burger-resto de la région : même viande de boucher au mieux, pain souvent industriel, frites presque jamais maison, et l'addition qui double. En Belgique, un simple plat dans un restaurant bon marché tourne déjà autour de 18 à 20 €, et un burger-frites en brasserie se situe le plus souvent entre 22 et 28 €.
Au restaurant
À la Fratrie
Burger, frites et une sauce
22 – 28 €
≈ 14 €
Menu enfant (boulettes, nuggets)
12 – 15 €
moitié prix
Pain
souvent industriel
boulanger du village
Frites
rarement maison
épluchées le matin
Sauce
bidon de 5 litres
maison ou traiteur local
Fourchettes relevées sur les cartes en ligne des brasseries et burger-restaurants de la région, et sur les moyennes belges de prix en restaurant. Les prix varient d'un établissement à l'autre : l'ordre de grandeur, lui, ne varie pas.
Pour 14 € chez nous, vous avez un burger, une frite et une sauce, à table, dans une salle où on a soigné le cadre. Le service n'est pas celui d'un restaurant (vous commandez au comptoir, on ne vient pas vous resservir à boire) et c'est bien la seule différence que nous assumons pleinement. Sur l'assiette, la comparaison ne nous fait pas peur.
Le menu enfant, c'est le même raisonnement poussé plus loin : ailleurs, on sert des boulettes ou des nuggets industriels à 12 ou 15 €. Chez nous, c'est de la viande de boucher, à moitié prix.
Plus de familles peuvent goûter à de la vraie nourriture
Voilà le vrai enjeu. Une famille de quatre personnes qui va au restaurant, c'est facilement 80 € : c'est une sortie exceptionnelle, une ou deux fois par an. La même famille chez nous mange pour la moitié, et mange du boucher, du boulanger, du maraîcher de la région.
Le local et l'artisanat ne changeront pas les habitudes alimentaires de ce pays depuis les salles à manger des restaurants gastronomiques : trop peu de gens y vont, et trop rarement. Ça se joue là où les familles mangent vraiment, le vendredi soir, dans une friterie de village.
C'est pour ça que nous tenons à nos prix. Pas par modestie commerciale : parce que c'est la condition pour que ça serve à quelque chose.
Si on veut changer les choses, ça passe par prioriser ses valeurs plutôt que l'argent.
La rentabilité en second plan, pas au placard
Nous ne sommes pas une association : la friterie doit tenir debout, payer des salaires corrects et investir. Mais entre gagner plus et rester cohérents, nous choisissons la cohérence, quitte à gagner moins que ce que nous rapporterait une carte 100 % industrielle.
C'est aussi ça, « bien plus que des frites » : la prochaine fois que vous prendrez un poulycroc chez nous, vous soutiendrez un boucher de la région sans payer un centime de plus qu'ailleurs.
Voir qui produit tout ça